Série de science-fiction du premier semestre 2006 – 26 Episodes

Je commence à me rendre compte que c’est souvent les séries dites « osées », ou à connotations déviantes (Tsukihime, Fate/Stay Night, Yume Tsukai…) qui sont les plus poussées et les plus engagées. Comme si le fait d’évoluer dans un créneau a priori plus ouvert (appelons un chat un chat : le sexe) permettait aux créateurs de s’exprimer pleinement et de réaliser des œuvres moins commerciales et qui auraient été plus difficilement envisageables sur un créneau normal. Simoun était ainsi à la base un manga pré publié dans le magazine Yuri Hime (des filles avec filles…) et c’est certainement la raison pour laquelle le Studio Deen (Ranma, ROD, Jigoku Shojo, ou encore Fate/Stay Night justement) se permet autant de libertés, se classant délibérément dans la case « public averti » pour mieux éblouir les spectateurs ayant dépassé le préjugé de base (et non il n’y a pas de scènes de sexe désolé).
Le monde de Simoun est un monde de femmes. En effet, l’être humain naît en tant que femme, et ne peut devenir homme que lors d’un passage à la source sacrée après son 17eme anniversaire. Dans le pays pacifique et théocratique de Simulacrum, certaines jeunes filles n’ayant pas encore choisi leur sexe et issues de castes très élevées se voient confier le rôle de « Sibyllae », ou prêtresses guerrières. Elles doivent alors piloter un appareil volant considéré de provenance divine, le « Simoun », et capable de détruire un nombre important d’ennemis au combat grâce à la puissance magique contenue dans son moteur, puissance que l'on nomme « Ri Maajon ». Lorsque la guerre contre un pays plus développé, « Argentum », souhaitant s’emparer de cette technologie, est déclarée, l’unité d’élite des Sibyllae, nommée « Choir Tempest », prouvera que les Simoun sont bel et bien des armes mortelles… Nous suivons donc les aventures de la nouvelle recrue Aaeru, une étrange fille très directe qui ne désire que piloter des Simoun, Neviril la dure mais fragile grande prêtresse (ou « Aurea ») du Choir Tempest, et toutes les autres jeunes filles dans leur lutte vers l’âge adulte et vers l’achèvement de la guerre.
La réalisation est très typée, abrupte et maîtrisée comme j’aime, et le rendu en est parfait au point que l’on se croirait parfois devant du Tomino (Gundam, Z, ZZ, Turn A, Victory, Brain Powerd etc… un jour rappelez moi de vous expliquer pourquoi ce dernier est un chef d’œuvre complètement mésestimé !). Les décors pastel du plus bel effet se marient à merveille avec les jolis personnages, et malgré le petit budget qui lui a été accordé -l’animation n’est pas extraordinaire-, l’intégration des vaisseaux en 3D est très belle. De plus, la bande son de Toshihiko Sahashi (Gunslinger Girl, Gundam SEED et Destiny), est toujours aussi grandiose et bien orchestrée et les deux génériques sont absolument exceptionnels, musicalement et visuellement.
Les personnages sont superbes, tous féminins comme vous l’aurez compris, et même si l’on a un peu de mal à les distinguer au début vu leur nombre important, on se prend rapidement au jeu et la reconnaissance devient plus aisée après quelques épisodes. Cela laisse la place, évidemment, à beaucoup de personnalités différentes, et l’on explore finalement les tréfonds de la psychologie de la femme tandis que l’on suit l’évolution de ces prêtresses affrontant les duretés de la guerre, un parcours initiatique semé d’embûches, la découverte de l’autre ainsi qu’elles mêmes au final.
Et pour une fois, les explications que l’on nous donne pour crédibiliser le combat des jeunes pilotes du Choir Tempest sont tout ce qu’il y a de plus plausible, et on ne se retrouve pas avec des gamin(e)s de 15 ans pilotant des machines de guerre (même si j’adore les animés de mechas, je le répète !) par hasard. De plus, le scénario est très intense et débordant de tragédie, sans aucune baisse de régime ou concession faite au grand public. A mon avis, c’est justement le côté extrême de l’animé et la profondeur du sujet qui ont décontenancé plus d’un téléspectateur.
Et pour ceux qui pensent que la série est nulle car on pourrait la placer dans le genre « yuri », -il y a quand même quelques scènes un peu « décalées » sans tourner au hentaï néanmoins- je pense qu’ils feraient mieux de regarder à deux fois la structure et le propos de la série, ils ont dû rater quelque chose. Quand on la compare avec tous les plats de soupe sortis du genre shonen depuis les dix dernières années (bon c’est vrai il y en a deux ou trois à sauver, mais je préfère ne pas citer de noms !)…
Il est vrai, par contre, que l’émotion et la psychologie prennent souvent le pas sur le scénario, mais d’un côté la symbolique est tellement belle, le propos tellement juste et la narration tellement exquise que ce n’est pas vraiment un désavantage… Le monde de Simoun est, lui, délicieusement ambigu, violent et cruel, et la seule référence (qui n’en est pas vraiment une, disons, la seule « comparaison ») similaire dont je puisse me rappeler est peut–être le monde de Nausicaä. Ceux qui me connaissent savent à quel point ce compliment est grand, considérant le chef d’œuvre de Miyazaki comme le meilleur manga de tous les temps.
La réalisation technique est très baroque, et dessine à proprement parler l’univers, toujours très lyrique et contemplatif, du titre. La symbolique qui en découle est forte et fait la part belle à l’Art, à la féminité, et à la puissance du libre arbitre. Le rythme est très soutenu, aussi bien émotionnellement qu’au niveau de l’action. Aucun temps mort n’est à noter, puisque le scénario suit toujours son cours de façon magistrale.
Esthétiquement, musicalement, psychologiquement et narrativement très poussé, Simoun est une véritable œuvre d’art animée. Le genre de séries qui vous prend aux tripes dès le début, et dans lesquelles vous ressentez les émotions des personnages toujours un peu plus fort et la puissance du scénario toujours amplifiée. J’ai même du mal à comprendre pourquoi cet animé est si peu connu et apprécié, car il est pour moi le meilleur de l’année 2006 avec Suzumiya Haruhi No Yuutsu, dans un style complètement différent… Cela me fait personnellement plaisir lorsque des risques comme ceux pris lors de la production de Simoun sont récompensés par une telle réussite.
Tant sur la forme que sur le fond, cet animé est une prouesse ainsi qu’un véritable OVNI de l’animation Japonaise, un petit bijou unique en son genre. Vraiment, pour toutes ces raisons, Simoun est de mon point de vue une série MONSTRUEUSE, de loin l’une des meilleures de ces dernières années. Je ne crois pas qu’il y ait un seul moment que je n’ai pas apprécié ou qui m’ait fait douter de sa qualité. Et même si je n’ai vu que la moitié de la série, il y a peu de chance que la note finale descende en dessous de 10/10. Mon gros coup de cœur de l’année.
Notation : Excellent
Série d’heroic-fantasy du premier semestre 2006 – 13 Episodes

Créée par Hal Film Maker et adapté d’un roman (merci Mariemeia !) adapté lui-même en manga assez méconnu, Nishi No Yoki Majo : Astrea Testament avait attiré mon attention avant la sortie de son premier épisode lorsque j’avais remarqué sa fiche sur Anime News Network il y a quelques mois. Seul le scénariste Atsuhiro Tomioka, sort vraiment du lot dans l'équipe technique, ayant précédemment scénarisé Berserk, Chrno Crusade ou les nettement moins réussis Trinity Blood et Disgaea. Que pouvait bien nous réserver cette série sans trop de publicité ni de prétention a priori ? Je n’en savais absolument rien. Et puis j’ai vu le premier épisode. Et là j’ai pris une grande claque… En voici le résumé.
Firiel Dee est la fille d’un astronome et scientifique Païen, qui se trouve dans l’illégalité en vue de la religion d’Etat dominante qui vénère
Nishi No Yoki Majo est en fait une sorte de pot pourri de plusieurs styles : aventure, romance, action (pour les phases de combats, ainsi que les phases stratégiques et militaires), sans jamais tomber dans le piège de sous-exploiter un des genres. Ici, tout est bien géré, et ressemble furieusement à un beau conte de fée romancé et littérairement bien conçu…
La réalisation est très shojo (avec les grands yeux plein d’étoiles et les joues roses, les grands et beaux chevaliers mis en valeur, la princesse charmante qui scintille etc...), mais surtout très classieuse, avec quelques plans assez agréables et osés de temps en temps, des effets de lumière absolument merveilleux et des angles de vue pas mal du tout dans l’ensemble. Le monde est très beau et on sent une cohérence et une maîtrise certaines de la part des créateurs, surtout grâce aux décors très fouillés et à la belle conception esthétique globale – un character design magnifique je trouve par exemple, et assez original-. Cette série est de l’art avant d’être un produit commercial et cela se voit d’entrée. Elle est même tellement belle parfois que l’animation montre quelques carences par moments, surtout lors des combats.
Niveau musical, Hikaru Nanase (Chrno Crusade, Noein, Scrapped Princess, rien que çà !) nous gratifie de son travail le plus exceptionnel jusqu’à aujourd’hui. La bande originale est tout simplement sublime, variée, et superbement orchestrée. Du génie à l’état pur. Et puis le premier générique, de nature assez grandiose, est bien mis en scène avec des paroles parfaitement représentées à l’écran, tandis que le second est, comme souvent, intimiste et plus doux, ils forment donc tous deux un atout indéniable pour la série.
Ensuite, les rebondissements sont nombreux et bien amenés, au menu : trahisons, sauvetages, faux-semblants et sombres secrets… Jusqu’aux dernières surprenantes révélations, le scénario est rondement mené et suffisamment mystérieux pour nous accrocher. Les créateurs savent exactement où ils veulent nous emmener, il n’y a donc pas d’approximations scénaristiques. Tout est bien développé pour une fois, et le scénario et les personnages sont bien imbriqués sans que l’un ne tire la couverture à lui comme on pourrait le croire au début.
Les relations ambiguës et subtiles entre les personnages sont une part importante de la qualité de la série, avec une très belle histoire d’amour pour couronner le tout. Firiel est un exemple de personnage féminin réussi, avec du caractère et aussi une nécessité scénaristique, tandis que Roux est très intéressant de par sa différence avec les autres personnages, il est une sorte d’antithèse à tout ce sur quoi l’univers de la série se base, et on pourrait détailler ici tous les héros tant leur personnalité a été méticuleusement développée.
Pour conclure, la thématique est bien traitée globalement, et repose sur un ensemble de contradictions : la science et la religion, l’homme et la femme, la noblesse et la roturerie, le trône des ténèbres et celui de la lumière, l’artificiel et le naturel, la tradition et la modernité, l’unité et le chaos. C’est donc toute la dualité et la complexité de l’être humain qui est abordée dans cet animé.
Finalement il y a à peu près tout ce que j’aime dans Nishi No Yoki Majo : Astrea Testament. Et même si la durée peut paraître courte, je pense que les auteurs nous ont montré tout ce qu’ils voulaient et ont bien pensé leur oeuvre, malgré une fin un peu abrupte et laissant des questions en suspens. Alors certes la série n’est pas vraiment clôturée et elle aurait pu aller plus loin vu son potentiel énorme, mais la probabilité d’une suite est proche du néant et puis on a l’impression d’avoir appris des choses après avoir suivi cette magnifique histoire. Enfin personnellement, je ne regrette pas de m’être investi dedans en tous cas.
Notation : 9/10
http://www.skav.org/blogchan/
C'est pourquoi je vais tenter dès demain, malgré ma piteuse maîtrise de la programmation css, de mettre aux normes le blog avec un joli lien pour blogchan et un favicon elfen lied! (souhaitez moi bonne chance...). Et merci encore skav de nous offrir ce service très utile (même si il est inspiré par le blogsuki anglophone) !
PS : Désolé pour la publication d'articles assez chaotique en ce moment, mais je suis assez pris par diverses occupations estivales... Attendez-vous très bientôt à des articles sur Black Lagoon, Noein, Simoun, Nishi No Yoki Majo, Le Chevalier D'Eon, Bokura Ga Ita et bien d'autres.