Mimi O Sumaseba (Whispers Of The Heart)

Publié le par Jacut

Film de romance, fantasy de 1995 - 1 heure 40


Réalisé par Yoshifumi Kondo, directeur de l’animation sur Le Tombeau Des Lucioles (sur lequel son travail fut extraordinaire en tous points, il créa le design et l’animation des enfants par exemple…), Sherlock Holmes, Conan Le Fils Du Futur ou encore Princesse Mononoke et grand artisan de la qualité technique des films du Studio, Mimi O Sumaseba sera en réalité son unique film puisqu’il mourra peu après la sortie de Mononoke, brisant le rêve de Miyazaki et Takahata de se retirer en lui laissant les rênes de Ghibli. Le scénario, la production et le story-board, ainsi que les scène de « fantasy » où l’on voit apparaître le Baron animé sont tous l’œuvre du maître Miyazaki lui-même, ce qui est un gage important de qualité.

Comme c’est souvent le cas dans les animés dits shoujo (ou disons issus d’un manga shoujo comme l’est Mimi O Sumaseba), le film est axé quasi-exclusivement sur les personnages et leurs sentiments. On suit la vie d’une adolescente Japonaise prénommée Shizuku, dans ses doutes, des peines, ses angoisses, en bref dans sa vie, et la recherche de sa voie. Passé le premier quart du film, lorsque l’héroïne part en chasse d’un chat étrange et découvre une boutique d’antiquités « magique », les lourdeurs s’effacent, le propos se fait plus distinct et le scénario trouve son rythme. A partir de ce moment, tout s’enchaîne avec la plus grande efficacité et la plus grande maîtrise. Nous sommes donc devant un grand film.

Le rythme de ce Whispers Of The Heart est très bien pesé, le développement de la trame ainsi que celui des personnages coule de source, les grands axes sont parfaitement mis en scène et en forme, et l’idée du réalisateur est clairement visible -achèvement ultime de l’artiste-, comme transparente pour nous autres, humbles spectateurs.

De plus, les décors sont très recherchés, l’animation des personnages est finement représentée, on se trouve ici confrontés à un grand Ghibli. Les musiques sont signés Yuuji Nomi (oui, le même qu’à la bande son de L’Ecole Des Champions !) et collent à l’atmosphère du film comme une seconde peau.

Les thèmes que l’on aborde sont vastes, du passage de l’adolescence à l’âge adulte à la Kiki (thème récurrent dans les œuvres de Ghibli), au lien entre la fiction et la réalité (avec de très belles scènes impressionnistes réalisées par Miyazaki), en passant par un certaine vision de la différence et du conformisme. Dans Mimi O Sumaseba, la normalité est magique, la magie est normale, et la vie quotidienne devient un émerveillement et une découverte perpétuels. On se surprend à aimer une pierre ou l’attitude d’un chat qui se réveille, à attendre le retour d’un amour qui ne reviendra jamais, au même titre que les personnages du film.

Pour finir, on ne sait si la référence est voulue, mais la scène de fin m’a fait penser à l’épilogue sublime de « L’Aurore » de Murnau (film considéré par certains comme le plus grand film de tous les temps), tant la séquence et la symbolique sont similaires. Une certaine violence se dégage d’ailleurs de cette scène, elle parait impromptue, mais est en réalité une fin logique vue l’évolution du scénario jusqu’à ce moment précis, une sorte de bouquet final concluant un si beau feu d’artifice cinématographique.

On ne peut que se demander après le visionnage de son unique long-métrage, quelles merveilles Yoshifumi Kondo aurait-il pu produire, dans quel sens aurait évolué son œuvre, ou quel avenir le Studio Ghibli aurait-il eu avec lui ? Dans tous les cas de figure, l’animation a perdu un grand homme en ce début d’année 1998, et Miyazaki, son héritier légitime. Si vous ne l’avez pas encore vu, faites vous plaisir, regardez ce chef d’œuvre.

Notation : 9,5/10

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