Binbou Shimai Monogatari (Poor Sisters Story)

Publié le par Jacut

Série « tranche de vie » de l’été 2006 – 10 Episodes

Adapté d’un manga d’Izumi Kazuto par le légendaire studio Toei Animation, premier grand studio d’animation à avoir été crée, et qui a accueilli les Miyazaki, Takahata et consorts au début de leur carrière dans les années 60, et réalisé le premier long-métrage d’animation Japonais (Hakujaden, Le Grand Serpent Blanc en 1957), Binbou Shimai Monogatari est une série courte de 10 épisodes sortie il y a quelques semaines au Japon. Certes vous aurez compris que le studio est prestigieux, mais est-il encore capable d’apporter de la jeunesse et de la passion à ses animés, et en particulier à travers une série de ce style ? Là est toute la question…

Binbou Shimai Monogatari nous décrit la vie de tous les jours de deux pauvres sœurs dont la mère est morte après la naissance de la plus jeune et dont le père, endetté, les a abandonné. Vivant seules toutes les deux, Kyo, 15 ans, part ainsi tous les matins pour son travail à temps partiel de livreuse de journaux pendant que sa jeune sœur Asu fait les tâches ménagères dans un appartement délabré vieux de 40 ans. Evidemment, nous apprendrons rapidement à connaître les personnes proches des deux jeunes filles telles que le propriétaire, le vendeur de légumes etc… et verrons ensuite les deux héroines évoluer dans leurs peines et leurs joies quotidiennes.

L’introduction est étrange, c’est une scène de narration pure qui explique l’histoire des deux fillettes jusqu’à aujourd’hui, ce qui a pour intérêt de mettre tout de suite dans l’ambiance et d’introduire les personnages, mais enlève toute chance de surprise ou de rebondissement. Au moins, on sait que l’animé ne sera pas scénaristiquement profond, mais émotionnellement puissant. Le décor est planté. Ce qui est regrettable, lorsque l’on regarde le deuxième épisode, c’est que la même histoire est répétée à l’identique et que l’on se rend compte que ce n’est en fait qu’un prélude au générique d’introduction. Nous aurons donc à subir ces quelques trente secondes à tous les épisodes. On aurait pu éviter ça…

Niveau technique, les décors sont faits de superbes couleurs pastel, et le character design est mignon et colle parfaitement au style. Rien à signaler sur l’animation, je n’ai rien remarqué, ce qui signifie qu’elle ne sort pas de l’ordinaire ni dans le bon sens ni dans le mauvais… Parfois, pour souligner une émotion, les scènes deviennent un peu plus lyrique ou sortent un peu du style réaliste employé à la base, tout en restant très « soft » (on ne tombe pas dans le KareKano ou le FLCL quand même).

A noter un soin particulier apporté aux deux images de la coupure publicitaire, qui sont en fait des dessins en noir et blanc, style manga, agrémentés de phrases, qui mettent les soeurs dans une situation précise de leur vie de tous les jours. Je précise cela car c’est assez rare de voir ce genre de choses avant et après les coupures pub, c’est donc remarquable en ce sens.

Les musiques, de leur coté, sont souvent pathétiques (dans le sens premier du terme) ou joyeuses et insouciantes selon l’humeur des personnages. En fait, elles reflètent simplement les émotions des deux sœurs, ni plus, ni moins, et sans grande originalité, mais avec un talent musical certain.

Il se dégage, de plus, une délicieuse atmosphère rétro évoquant celle de quelques animés des années 70/80, où la fragilité des héros et de leur environnement permet de nombreuses variations sur des thèmes psychologiques ou moraux que l’on ne voit plus guère de nos jours, habitués que nous sommes aux séries sortant de l’ordinaire d’une façon ou d’une autre. C’est justement ce classicisme et cette beauté pure qui font que Binbou Shimai Monogatari a quelque chose de particulier !

Ensuite, formellement parlant, on voit souvent les scènes sous deux angles différents, celui de chaque sœur, et l’on comprend ainsi ce qui les rapproche et ce qui les sépare. Il faut dire que l’animé est uniquement centré sur elles, et que les autres personnages ont un temps de passage à l’écran totalement négligeable… Les auteurs aiment leurs deux petites Asu et Kyo, et les montrent tout le temps sous des jours favorables, tout en développant leur relation intra et extra fraternelle. Ce qui est normal dans un animé style « tranche de vie » ou « slice of life « comme disent nos amis Américains (je n’ai pas de meilleur qualificatif pour décrire la série).

Et ces deux sœurs s’aiment tellement et veulent tellement être ensemble qu’elles se font du mal et peinent à se comprendre, et nul doute que cela ira crescendo. De plus, même si il ne se passe rien d’extraordinaire, chaque petite action ou chaque petite pensée peut provoquer un cataclysme dans le fragile monde de ces deux êtres, et nous pouvons les voir réagir de façon toujours amplifiée dans toutes les situations, comme si toutes les petites choses de la vie pouvaient servir à faire leur bonheur ou leur malheur, ce qui amène quand même à relativiser un certain nombre de choses, pour nous, spectateurs exigeants et blasés (je parle pour moi là ^^). Il est vrai que lorsque l’on a rien, n’importe quoi peut changer votre vision du monde, et l’on fait bien plus attention aux relations humaines, et c’est l’un des premiers enseignements que l’on peut tirer de la série. On redécouvre les plaisirs simples grâce à Kyo et Asu !

Pour conlure, bien que je ne sois pas expert dans le style, je n’ai pas l’impression que la série soit vraiment une référence. J’ai par exemple été impressionné au plus haut point par Haibane Renmei, qui est devenu un de mes animés cultes dans un style similaire, et je ne crois pas que ce Binbou Shimai Monogatari arrive jamais à sa hauteur, et loin de là même. On ne parlera même pas de Majo No Takkyubin (Kiki’s Delivery Service) de Miyazaki… Mais j’imagine que pour certaines personnes, l’histoire de ces deux sœurs est complètement déchirante et si belle qu’ils se passionneront pour elles, cela explique la note que je lui donne. Si vous voulez de l’action, des mondes étranges, des filles dénudées, un suspens insoutenable ou des renversements de situation stupéfiants, passez votre chemin, c’est la fibre lacrymale qui est ici mise en valeur, ainsi –et avant tout- que deux pauvres sœurs au grand cœur. A réserver aux plus sensibles d’entre nous !

Notation : Très Bon

Publié dans Premier Episode

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