Jin Roh

Publié le par Jacut

Film dramatique de 1999 – 1 heure 40

Issu des studios Production IG, fondés par Mamoru Oshii(Patlabor 1, 2, Ghost In The Shell, Avalon, Innocence...), Jin Roh est le dernier film d'animation Japonais entièrement digital, c'est à dire créé à la main sans intervention de l'ordinateur. C'est, de plus, une adaptation cinématographique d'un des uniques mangas du génie visionnaire de Oshii, nommé dans sa version originale Ken Roh, et déjà décliné par le maître dans deux films en prises de vues réelles : "Les Lunettes Rouges"(Akai Megane) et "Kerberos Panzer Cops". Trop occupé par son bijou Avalon, Mamoru Oshii confia Jin Roh à son disciple Hiroyuki Okiura, déjà character design sur Patlabor 2 et Ghost In The Shell.

Le film part sur les bases de ce qu'aurait pu devenir le Japon après les grèves de 1960, où le pays est en proie à une grave crise déclenchée par les nationalistes contre le renouvellement du traité avec les Etats-Unis, mais aussi et surtout ce qu'aurait pu devenir le pays du soleil levant après une seconde guerre mondiale remportée par les Nazis. Pour s'en convaincre, on peut remarquer les nombreuses Volkswagen ou armes utilisées par les protagonistes sans compter les noms mêmes des unités ou encore les brassards des officiers de la brigade, tous très évocateurs.

1960, durant une manifestation anti-gouvernementale pacifique, une jeune fille transmet une bombe à un manifestant de la part de "La Secte". Celui-ci la lance quelques instants plus tard et blesse ainsi de nombreux policiers, déclenchant la charge de ladite Police pour réprimer violemment la foule. Pendant ce temps, la jeune fille descend dans les égouts, tout comme les membres de la secte. Ils sont tous exterminés par les brigades spéciales surarmées de la POSEM (POlice de SEcurité Métropolitaine) : les Panzer Cops. La jeune fille, qui n'a pas suivi le même chemin que les membres de La Secte, est mise en joue par un des terrifiants Panzers nommé Fuse Kazuki, qui hésite à tirer. Elle décide alors de se suicider en déclenchant une ultime bombe pour entraîner son assaillant dans la mort.
Quelques temps après être miraculeusement sorti vivant de cet épisode tragique, mais révoqué par ses supérieurs, Fuse va rencontrer la grande soeur de la jeune fille...

D'emblée, on sent l'atmosphère macabre et désespérée qui règne dans le Tokyo des années 60, et reconstitué selon les archives de l'époque, c'est à dire à la perfection. Cette métropole est malsaine, noire, épouvantable, pire c'est le Japon, sous l'emprise totalitariste de l'armée et de la police, qui exhale des relents de révolte sociale et d'anarchie populaire.
Et cette atmosphère est créée avant tout par le réalisme sans limite et la beauté morbide des dessins réalisés par Okiura et ses collaborateurs. Du grand art. Tout semble tellement réel, des décors à la crédibilité des personnages qu'un film live aurait probablement semblé moins "réel". Le tout magnifié par des plans simples mais parfaitement adaptés à cet univers glauque. D'autant plus que la bande originale se fond dans l'esprit du film, lente et tourmentée, dans la grande tradition des compositions d'Hajime Mizoguchi (Please Save My Earth, Escaflowne...). L'apothéose musicale survient après LA conclusion du film, pour un thème final sublime chanté par sa compagne la divine compositrice Yoko Kanno (Escaflowne, Macross Plus, Cowboy Bebop, Brain Powerd...) sous son pseudo de Gabriela Robin.

Mais Jin Roh n'est pas qu'une oeuvre complexe, violente et résolument adulte, comme sait les faire Mamoru Oshii, d'une grande profondeur philosophique et appuyée par des thèmes politiques et sociaux de premier ordre, mais c'est aussi une sublime histoire d'amour désespérée, au dénouement particulièrement bouleversant.

Film aux multiples facettes, Jin Roh est aussi une reconstitution métaphorique subtile du "Petit Chaperon Rouge", guidé d'ailleurs par les citations et références au conte des frères Grimm, et dont l'un des thèmes principaux est la proximité entre l'homme et le loup lorsque sa survie est en jeu, comme nous le prouve très justement cette phrase mythique : "Nous ne sommes pas des hommes déguisés en chiens, mais des loups, déguisés en hommes".

C'est pour toutes ces raisons que Jin Roh est devenu en 1999 une référence de la nouvelle vague des films d'animation Japonais, un film culte, au même titre que les films du Studio Ghibli, que ceux d'Oshii, de Kon, Metropolis de Rin Taro ou Akira de Katsuhiro Otomo. L'élève a égalé le maître dans son domaine, et ce, dès le premier long métrage, et son nom deviendra un grand dans le monde de l'animation : Hiroyuki Okiura. Pour un coup d’essai…

Notation : 10/10

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