FLAG

Publié le par Jacut

Série d’enquête de l’été 2006 – 13 Episodes

 

L’animé que je vais critiquer m’a tout de suite paru étrange, étant basé sur la profession de grand reporter (et reporter « embarqué » précisément un peu à l’Américaine durant la guerre en Irak), sujet peu sinon jamais traité dans l’animation Japonaise. Produit par le studio Ansa dont c’est la première série, et confiée au codirecteur d’Ulysse 31, et au scénariste d’Infinite Ryvius et d’Argento Soma, ce FLAG me semblait particulièrement attirant quoiqu’ excessivement difficile à traiter vu la complexité du background et l’aspect original du titre... Chaque studio a besoin d’une référence pour se faire reconnaître sur le marché de l’animation. FLAG fera-t-il figure de révélation pour Ansa ?

 

Le scénario part de façon très originale en nous contant l’histoire d’une photographie qui, selon le narrateur, a changé le monde. Sur celle-ci l’on voit l’ombre de deux femmes Uddiyanaises (un pays fictif ressemblant à s’y méprendre à l’Inde, même la prononciation est similaire en Japonaise) priant sur un bâtiment, projetée par le soleil couchant à travers un drapeau Uddiyanais, et des révolutionnaires en armes agitant le gigantesque drapeau. Cette photographie devient donc le symbole de la paix en Uddiyana et il semble que grâce à elle, la guerre soit bel et bien finie, mais avant même que l’accord de paix n’ait été signé, le drapeau est dérobé par un groupe s’opposant à la fin de la guerre. L’héroïne, la journaliste qui a pris cette photographie, suivra donc comme reporter de guerre le nouveau groupement militaire du SDC (Special Development Command) dans ses opérations pour retrouver le drapeau de la paix.

 

D’entrée, l’introduction de FLAG, en images arrêtées style album photos de guerre sur un très beau discours moral fait plaisir et nous met parfaitement dans l’ambiance. Et puis l’arrivée de Saeko, l’héroïne, est faite à l’écran par l’objectif de l’appareil photo, comme pour nous signifier à la fois le parti pris réaliste de la série, mais aussi que la réalisation sera complètement différente de ce que l’on a l’habitude de voir. On remarque techniquement que ce FLAG est très beau, l’animation est claire et propre malgré le nombre très élevé d’images fixes comme durant l’introduction, les couleurs employées sont étrangement pâles, les personnages bien dessinés et très originaux (on ne croirait pas se trouver devant un animé Japonais en fait…) et l’intégration des images de synthèse est réussie.

 

Mais ce sont surtout les angles de vue, le timing, la lumière et la profondeur de champ qui marquent. Tous ont été considérablement mieux traités que dans la majorité des animés, ce qui est logique compte tenu de la similarité entre la photographie (le métier de l’héroïne) et le format audiovisuel (la filiation même si l’on rajoute l’étape cinéma entre les deux). Autant dire tout de suite que la réalisation est brillantissime, proche du génie et d’une grande originalité sur tous les points. Une incroyable réussite, qui est alliée à un rythme lui aussi particulièrement bien géré dans ce premier épisode. Au bout de cinq minutes, je suis aux anges, ayant l’impression de me trouver devant un grand film de cinéma…

 

Et puis les auteurs lancent les thèmes de leur réflexion (la triptyque : liberté, vérité, autodétermination) sans nous mentir sur la teneur de l’animé, et en insistant sur l’état d’esprit des personnages, non par un procédé narratif ou scénaristique, mais par la mise en scène simplement, un peu à la Oshii. Les musiques sont d’ambiance et s’insèrent bien dans la trame scénaristique, légèrement Orientales et très belles, composées par le Yoshihiro Ike de Blood The Last Vampire, Ergo Proxy ou Karas. Nous comprenons dès lors qu’il y aura peu d’action, énormément de profondeur dans le scénario et dans les personnages, une réalisation très pointue et une intrigue peu commune. Que du bonheur.

 

Les auteurs nous rappellent aussi à longueur de temps la présence fictionnelle et objective de la caméra, et c’est justement cela qui va rendre la série réaliste et complexe. On a ainsi l’illusion d’une absence de narration, puisque l’on est dans une série pseudo documentaire sur le journalisme (et aussi véhiculée par le journalisme), où l’action devrait être créée par les évènements, mais lorsque la fiction rattrape la réalité, c’est-à-dire quand l’on comprend que toute la série est « filmée » par les personnages et que l’on n’aura que des images de reportage, il faut se rendre à l’évidence, la narration n’est pas inexistante, et les ellipses sont finalement très naturelles et logiques. La narration est en fait très bien construite et puissamment mise en scène grâce aux inventivités visuelles de premier ordre et un concept tout bonnement génial : l’animé documentaire, reflétant notre société tel un miroir aussi bien sur le fond que sur la forme.

 

La série est donc résolument destinée à un public adulte et au intéressé aux problèmes de société et au réalisme à outrance, un peu comme Yomigaeru Sora (Rescue Wings) sorti il y a peu, mais qui était lui nettement moins innovant et ressemblait plus à un sous Medicopter qu’à un bon animé…

Et dans tout cet environnement ultra réaliste et d’une précision démoniaque apparaît soudain un élément que je n’aurai jamais cru voir ici, un élément récurrent de l’animation Japonaise : un mecha (un HAVWC, High Agility Versatile Weapon Carrier précisément) qui sera utilisé par la force d’intervention de l’ONU jusqu’à la fin de la guerre. La réalité rejoint alors l’animation Japonaise et la justifie. Que c’est bien pensé, que c’est fin, j’adore…

 

Pour prendre un exemple simple, le narrateur n’existe dans la série que par le biais de son outil de travail, et il n’apparaît qu’au tiers de l’épisode, et encore que grâce à l’objectif de Saeko. Celui-ci se trouve être le sempaï (c'est-à-dire un journaliste plus expérimenté dans ce cas précis) de l’héroïne, et l’homme qui lui a proposé une place de journaliste de guerre en Uddiyana. Ou encore, la seconde partie de l’épisode est introduite par le reflet de l’héroïne sur son écran d’ordinateur, on ne la verra jamais à l’écran sans passer par le révélateur de la réalité qu’est l’objectif de la caméra/appareil photo (sauf certainement dans la scène de fin de la série comme je le soupçonne déjà fortement, un peu à la Avalon). Les médias seraient-ils donc les seuls à pouvoir traiter l’information et en extraire la vérité ? La question est posée, et chaque personnage aura à cœur de répondre à cette question, tout comme les créateurs de la série.

 

Tout au long de ce premier épisode, on sent une différence énorme entre le côté humain et artistique des photos et des films des reporters et la froideur calculatrice et déshumanisée de la réalité manipulée par la politique. Ainsi, la scène de démonstration technique de l’HAVWC est entrecoupée de visions de morts et de blessés de guerre, comme pour montrer l’absurdité de la guerre. Le fin mot de ce premier épisode, ce sera finalement l’héroïne qui l’aura, par l’intermédiaire de son clavier d’ordinateur : « Je choisirai par moi-même ». Elle ne sacrifiera donc son objectivité pour rien au monde et la vérité sera toujours son but ultime. A la fin de l’épisode, Saeko rencontre enfin l’équipe du SDC qu’elle accompagnera, indépendante de toute pression manipulatrice, elle le fera de son plein gré, et aucune image truquée ne sortira de leur coopération (on ne vise ni Fox News ni CNN du coup…).

 

Voilà mes observations sur ce premier épisode, l’un des plus complexes et complets que j’aie vus depuis bien longtemps (Stellvia, Gankutsu Ou ?), et un prologue parfait à une série que j’attends exceptionnelle, fascinante, dans un style jamais vu jusqu’à présent, et très en phase avec l’actualité de notre monde. FLAG s’annonce donc clairement comme l’un des grands animés de l’année au Japon. Et je me rend compte que j’ai écris plus sur cet épisode que sur des séries entières parfois tellement il y a à dire et à comprendre. En bref, accordez lui toute votre attention, il le mérite.

 

Notation : Excellent

Publié dans Premier Episode

Commenter cet article