Noein (To Your Other Self)

Publié le par Jacut

Série de science-fiction du deuxième semestre 2005 – 24 Episodes



C’est en fin d’année dernière que je découvrais pour la première fois un animé étrange au terme d’un morne après-midi d’automne (hiver ?). En ayant entendu parler sur un forum anglophone, et ayant été prévenu de l’étrangeté –mais de la qualité- de l’œuvre, je me suis dit : « Pourquoi pas ? ». N’ayant pas beaucoup eu d’échos après quatre ou cinq épisodes sortis, je me précipite sur ANN pour voir quelques noms sur la fiche de la série Noein, et la, stupeur : Takahiro Kishida (Arjuna, Lain avec Yoshitoshi Abe) au character design, Hikaru Nanase (Chrno Crusade, Scrapped Princess, Nishi No Yoki Majo) aux musiques, Kazuki Akane (Escaflowne) à la réalisation, au concept et au scénario, aidé d’Hiroshi Oonogi (Eureka seveN, Arjuna, Aquarion, Macross Zero…), et production par le Studio Satelight (Arjuna). Ouf. C’est tout ? Je me dis alors que Noein va peut-être m’intéresser finalement, avant de rester en extase devant la scène d’introduction du premier épisode. Pas de doute, cet animé sera grand.

 

Dans le futur, le monde de La’cryma est menacé par l’invasion de son pire ennemi, venu de la dimension de Shangri-La. D’étranges guerriers aux pouvoirs surnaturels luttent pour sauver La’cryma et parmi eux, Karasu (corbeau en Japonais) semble se détacher du groupe par son charisme et sa puissance. Lorsque le conseil de La’cryma annonce que la clef du sauvetage de toutes les dimensions existantes (la « queue du dragon » en référence au serpent Ouroboros qui se mange la queue, symbole de l’éternité dans le folklore Germanique) et de la destruction de Shangri-La repose dans une jeune fille nommée Haruka, et vivant dans une dimension parallèle, Karasu reconnaît son amour perdu et se porte immédiatement volontaire pour faire partie des « chevaliers dragons ». Dans un monde ressemblant au nôtre, Yuu, jeune garçon de 12 ans, décide de s’enfuir de chez lui pour échapper à l’attitude tyrannique de sa mère, en compagnie de son amie d’enfance, la fameuse Haruka, 12 ans elle aussi. C’est alors que celle-ci voit Karasu apparaître sur un clocher d’église, précédé par une neige bleutée…

 

On note d’entrée que le design des personnages est excessivement simple, quasi-caricatural, ce qui le rend étrangement facile à animer mais peut choquer de prime abord. Il ressemble évidemment à celui d’Arjuna, mais en plus « carré », si bien que nos personnages semblent tout droit sortis d’un dessin animé Américain. L’animation est donc particulière, tout comme les personnages, mais très efficace et bel et bien fluide lors des scènes de combats, en rendant même certaines d’entre elles éblouissantes de dynamisme et de rapidité. Les « mechas » issus de Shangri-la sont, par contre, assez moyennement introduits car en 3D, mais on leur pardonnera vue la beauté organique de leur design, qui ressemble presque à du Cronenberg.

 

Les musiques orchestrales de miss Nanase sont simplement extraordinaires, comme toujours, et elle se permet même quelques morceaux proches de l’opéra de la plus grande classe. C’est maintenant sûr, Hikaru Nanase n’a plus rien à envier à Yoko Kanno (on reparlera d’Escaflowne ne vous inquiétez pas). On se délectera donc avec les deux bandes originales sorties il y a peu, où les agréables génériques figurent en bonne place.

 

Les héros sont très attachants et très humains, s’intègrent et définissent même le scénario (au début on peut croire que Yuu et Haruka ne sont que les esclaves de quelque chose qui les dépasse, mais c’est exactement le contraire), tout en gardant des relations entre eux complexes et crédibles. Yuu -et ses autres personnalités- est fragile et extrême dans sa façon de concevoir la vie, tandis que son amie d’enfance Haruka est très ouverte et permet de développer le thème de l’acceptation des différences dans l’animé. Les autres enfants, tout comme les parents de Yuu et Haruka, l’homme masqué de Shangri-La ou les chevaliers dragons ont été soignés, si bien que l’on rentre facilement dans cet univers tant l’on trouve de beaux personnages bien développés et accessibles pour le spectateur (ce qui n’est pas toujours le cas du scénario).

 

La mise en scène est digne d’Escaflowne, mais sans paraître incroyablement originale. On va dire qu’elle est dans la veine ce qu’a fait Kazuki Akane jusqu’à maintenant, tout en se rappelant que son domaine de prédilection est la création d’univers et la coordination globale des série, et qu’il n’est pas un directeur hors du commun. En effet, Noein est somme toute classique d’un point de vue réalisation, et se démarque essentiellement par sa technique, la gestion de ses personnages et son idée de départ. Il est d’ailleurs à noter que scénaristiquement, Noein est très similaire à Escaflowne et même si il semble beaucoup plus complexe au départ, cette situation se décantera vers la moitié de la série et on verra le script se rapprocher de celui de son glorieux aîné, surtout sur la forme, jusqu’à avoir une conclusion très proche dans le sens aussi bien que dans le déroulement (je la trouve moins poignante néanmoins).

 

Enfin, le principe de base est tout sauf original, il repose sur des mondes parallèles, et malgré la difficulté de rendre cohérent un sujet pareil, je dois dire que Kazuki Akane s’en est sorti à merveille, en créant une des histoires les plus puissantes et variées jamais pensées dans ce domaine. Le scénario se révèle touchant et très philosophique, grâce aux très beaux héros et à la maîtrise parfaite de l’univers et de la trame. De plus, la gestion narrative entre les différents temps et différentes dimensions est très aboutie et apporte une complexité et une profondeur supplémentaires à l’animé. Un très beau travail, très immersif pour le spectateur.

 

Au final, on obtient un grand animé, très original sur le fond et surprenant sur de nombreux points, et qui a eu la chance d’être sorti quasiment sans concurrence à la fin de l’année 2005, où il était de loin le meilleur animé de la saison. Mais ce n’était pas entièrement dû au niveau assez moyen des animés sortis à cette période, car Noein est véritablement une excellente série, qui mérite d’être vue par tous les amateurs de science-fiction, de romance, ou d’aventure. Une excellente série qui rappelle les grandes séries des années 90, et ce qu’elles avaient de meilleur  !

 

Notation : 9/10

Publié dans Série Achevée

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