Le Chevalier D'Eon

Publié le par Jacut

Série d’horreur, historique de l’été 2006 – 24 Episodes

 

Basée sur l’histoire vraie de Charles de Beaumont, célèbre espion Français du 18eme siècle qui se fit passer pour une femme durant toute sa vie au service de Louis XV et Louis XVI, Le Chevalier D’Eon est la dernière série produite par le grand studio Production IG (Jin Roh, les Patlabor, les Ghost In The Shell, xxxHolic…). Avec le réalisateur des mythiques OAVs de Kenshin aux commandes (Kazuhiro Furuhashi), le designer de Kurau Phantom Memory, ainsi que le talentueux scénariste de Soukyuu No Fafner, Bow Ubukata, et si l’on ajoute le savoir-faire du studio, Le Chevalier D’Eon a toutes les cartes en mains pour devenir un des grands animés de l’année.

 

En France, sous Louis XV, une jeune femme est retrouvée morte un matin dans la Seine, le cercueil dans lequel elle repose étant marqué par des symboles étranges. Le jeune frère de cette femme nommée Lya se révèle être un membre de la cour, et héritier du titre de Chevalier D’Eon. Celui-ci s’engage immédiatement dans la police secrète du trône qui est dévouée corps et âme au roi Louis XV pour démasquer l’assassin de sa sœur et punir tous les ennemis de la glorieuse nation Française. Quelques années plus tard, alors que de nouveaux cas similaires apparaissent et qu’un diplomate Russe est suspecté d’enlever de jeunes Parisiennes pour réaliser d’occultes expériences sur elles, le Chevalier découvrira que tout n’est pas rose à la cour royale, et que d’innombrables complots se fomentent sous la cape de gens particulièrement respectables.

 

L’introduction replace la série dans son contexte historique, et est narrée par le héros qui a la voix d’un vieil homme (on en déduit donc déjà que le chevalier d’Eon ne mourra pas à la fin de la série…) tandis qu’un cercueil glisse lentement sur la Seine, transportant la sœur du héros. La classe. Rapidement, on comprend que la série se déroule dans une environnement Français Classique, au XVIIIe siècle, dont les costumes sont bien respectés tout comme les décors, ce qui dénote une recherche documentaire importante de la part de Production IG. De même, les traditions et coutumes de la cour de Versailles sont clairement représentées dans un souci de réalisme historique et Paris est à l’apogée de sa beauté grâce à cette série, ce qui démontre l’intérêt que les auteurs portent à la France et à sa capitale.

 

Première remarque, les décors dont absolument fantastiques et les personnages magnifiquement bien designés. Les rares passages en images de synthèses sont très bien inclus, et je ne parle même pas des effets de lumière ou de la finesse des détails à l’écran… La qualité graphique est si exceptionnelle que l’on se croirait devant une OAV, voire un film parfois. De plus, la scène de combat finale bénéficie d’une animation monstrueuse, et redéfinit les limites de la technique d’animation pour une série télévisée en 2006. Et les musiques de Michiru Oshima sont sublimes, tout comme dans Fullmetal Alchemist ou Project Blue Earth SOS, adaptées aux situations et si puissantes… Techniquement parfait.

 

Ensuite, le réalisateur nous offre de très belles scènes et tente des angles de vue originaux, ce qui est une bonne chose, et réussit assez souvent, surtout grâce à de belles transitions et à une profondeur bien gérée (on n’est pas devant un Citizen Kane néanmoins…) même si on sent un certain abus au niveau de la caméra en vue intérieure (procédé inventé par John Carpenter dans la scène d’introduction d’Halloween je le rappelle !) un peu trop redondante et qui nuit à l’action par moments.

 

Ce qui est sûr, c’est que Production IG met bien en valeur son héros/ïne Eon, jusqu’à en devenir presque lourd dès le premier épisode : voix off par Eon lui-même (vieux) un peu énervante à la longue, car elle intervient bien trop souvent et pas toujours à bon escient, vue intérieure lassante, temps de passage à l’écran qui ne laisse que peu de place aux autres personnages etc… Il est de ce fait à la fois le narrateur, le protagoniste, le héros et le centre d’attention principal de la caméra. Pourquoi pas remarquez, on verra si ce pari est gagnant au final, en tous cas, on ne pourra pas dire que sur la forme, IG ne fasse pas original.

 

Scénaristiquement, Production IG prend une histoire vraie, mais romancée, et la déforme complètement pour les besoins du scénario, en faisant arriver la partie féminine d’Eon par une transposition psychique de sa sœur morte, avec l’intermédiaire d’un procédé religieux encore obscur à nos yeux. Cela ne m’a pas choqué outre mesure, surtout que la scène est très bien mise en scène, mais en y repensant, il est vrai que cela fait un peu bizarre d’un point de vue intrigue, et que cela aurait pu être amené plus efficacement. Mais Bow Ubukata est connu pour sa propension à placer des rebondissements étranges et presque hâtifs tant ils arrivent comme un cheveu sur la soupe par moments (Fafner est souvent difficilement compréhensible tant l’art de l’ellipse est utilisé fréquemment… on a même l’impression que l’on saute des étapes…). Néanmoins, je ne me fais guère de soucis sur la qualité globale du script et je suppose qu’il sera bon.

 

D’entrée, on voit se dégager de l’animé le thème du patriotisme en France, qui ressemble étrangement à celui -très fort- du nationalisme Japonais dans Kenshin (l’épine dorsale du scénario, si l’on y ajoute les histoires d’amour) et de la protection de la communauté de l’île de Tatsumiya dans Fafner. Nul doute que ce sujet intéresse tout particulièrement les principaux responsables du storyboard et du scénario, Ubukata-san et Furuhashi-san puisqu’ils les réutilisent à chacune de leurs oeuvres.

 

Pour finir, nous avons donc vu que seul un personnage se dégage, le héros, mais apparaît un nombre important de personnages secondaires, dont certains sont promis à la mort ou à la trahison, c’est inscrit dans leur archétype. D’ailleurs, ce premier épisode finit de façon très glauque, dans un bain de sang que j’aurais cru réservé aux derniers épisodes de la série. Dans tous les cas, Le Chevalier D’Eon est manifestement un animé adulte et complexe, qui nous réservera de nombreux rebondissements, et je crois que le turn-over des personnages secondaires autour du héros sera très important vue la violence inouïe de l’intrigue. Le style de l’animé dévie d’ailleurs de la série de capes et d’épées au début, vers l’intrigue policière en costumes puis enfin au mystique et au surnaturel gore sur la fin. Un bien beau mélange que voilà !

 

Le soin apporté à cette série est simplement prodigieux, même si on ne peut pas dire qu’elle soit une réussite intégrale (scénario un peu classique, réalisation un peu pompeuse, personnages secondaires un peu clichés… parfois). Mais Le Chevalier D’Eon nous propose néanmoins un très bon premier épisode, qui donne envie de regarder la suite, et qui réussit particulièrement bien à introduire son personnage principal, ses motivations, les relations politiques entre les différents groupes et protagonistes, ainsi que son ambiance globale. En conclusion, on s’achemine probablement à la vue de la fin de l’épisode vers une série de vampires/créatures de la nuit dans un background Français Classique teinté de religion et de mysticisme, ce qui est suffisamment original pour être remarqué et mériter d’être approfondi. Et surtout, quelle animation et quelle beauté !

 

Notation : Très Bon

Publié dans Premier Episode

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