Cagliostro No Shiro (Le Château De Cagliostro)

Publié le par Jacut

Film d’aventure, enquête de 1979 – 1h40


Après son entrée au studio Telecom, Miyazaki se voit proposer le projet de réalisation du second film de la légendaire saga Lupin III, à laquelle il a déjà participé en tant que directeur d’épisodes avec ses compères Takahata (Le Tombeau Des Lucioles, Horus, Pompoko, Omoide Poro Poro…) et Otsuka (fondateur du studio Telecom et directeur de l’animation d’innombrables séries). Premier long-métrage du maître, coup d’essai brillamment réussi, Miyazaki nous montre qu’il est un très grand de l’animation et arrive déjà à intégrer sa touche personnelle à un film tout en conservant l’esprit de l’œuvre originale.

 

Lupin III est le petit fils du célèbre gentleman cambrioleur et perpétue la tradition familiale en dérobant de véritables trésors au nez et à la barbe de l’inspecteur Zenigata, tout en courrant les filles tout autour du globe. Parmi ses associés, Goemon, un Japonais adepte de l’art du katana et du code du Bushido, Jigen, un brigand au grand cœur, au grand chapeau et à la grande mitraillette ou encore Fujiko, une belle espionne au caractère bien trempé. Après le casse d’un casino Monégasque, Lupin découvre que tout l’argent qu’il a volé n’est en fait composé que de faux billets, et décide de partir à la recherche du chef du réseau de contrefaçon pour lui faire payer cette désillusion. Arrivé dans la riche principauté de Cagliostro, d’où l’argent est vraisemblablement issu, il vient en aide à une charmante jeune femme en robe de mariée pourchassée par des hommes en noir. Alors que sa tentative de sauvetage échoue, il récupère néanmoins une bien étrange bague appartenant à la demoiselle. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que cette bague est la clé d’un trésor millénaire que le Comte de Cagliostro rêve d’obtenir depuis des années…

 

Dès la première scène, on est d’office plongés dans un film d’action débridé, à l'animation impressionnante et maîtrisée pour l'époque (même si elle n'impressionne plus guère personne en 2006). Puis le générique d’introduction, superbe, est une ode à la liberté et au voyage. L’action est ensuite rapidement entrecoupée de scènes plus contemplatives et symboliques, parfois même romantiques. Si l’on ne reconnaît pas forcément les thèmes propres à son univers, on reconnaît très aisément la patte du maître sur l’esthétique (merci Yasuo Otsuka !) et surtout sur la mise en scène.

 

Des cascades et des décors qui influenceront Laputa, un héros proche de Porco Rosso, une héroïne similaire à Nausicaä, une aventure rocambolesque à la Sherlock Holmes, et une maîtrise déjà toute Miyazakienne composent ce « Château de Cagliostro ». Niveau réalisation, le timing est exceptionnel, la mise en scène parfaite (déjà), le rythme soupesé, en bref, l’exécution est tout juste exemplaire. Nul doute, nous somme devant le premier film d’Hayao Miyazaki, dans lequel on ressent directement l’influence du « Roi Et L’Oiseau » de Paul Grimault pour le château de Takicardie et son Roi tyrannique Charles V et Trois font Huit et Huit font Seize, dont le personnage de Cagliostro est largement inspiré.

 

Musicalement, Hisaishi ne composant bien entendu pas encore pour Miyazaki à l’époque, c’est le très bon Yuji Ohno qui nous gratifie de jolis morceaux jazzy et entraînants. Dommage que les thèmes soient un peu trop présents et ne collent pas toujours à l’action… Mais ce n’est peut-être que mon imagination qui me joue des tours.

 

Les personnages sont tous très réussis, dans la lignée des archétypes Miyazakiens, avec un Lupin charmeur, sûr de lui et aventurier, mais un brin désabusé et perdu par moments (beaucoup plus poussé psychologiquement que le Lupin de Monkey Punch en tous cas), une Clarisse belle et gentille, qui telle Nausicaä dans « L’Odyssée », sauve son Ulysse échoué sur le rivage (Lupin ici) d’une mort certaine dans un très beau flash-back. Aucun doute là-dessus, Miyazaki aime ce personnage et l’œuvre d’Homère, et le prouvera quelques années plus tard avec le film que je critiquerai demain, et surtout le manga dont il est issu. Le méchant Cagliostro, est, lui, charismatique et vraiment machiavélique, et seul Muska de Laputa peut lutter à armes égales avec lui dans ce domaine (leur histoire personnelle est d’ailleurs anormalement similaire…).

 

Le scénario n’est pas le plus puissant que le maître nous ait concocté, mais est suffisamment bien écrit et intéressant pour nous captiver du début à la fin. On vole donc allégrement au rythme des rebondissements et surprises dans ce Cagliostro, et on se laisse très facilement emporter par un film qui est en réalité beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, et auquel on doit reconnaître une abondance de thèmes intéressants.

 

Miya-san se permet ainsi de ridiculiser le pouvoir politique mondial sans distinction lors de l’audition de Zenigata, chose qu’il n’entreprendra plus après ce film qu’à mots couverts (la cible de ce Château de Cagliostro est aussi bien différente d’un Totoro ou d’un Kiki c’est certain) et nous prouve encore une fois son attirance vers les idées communistes et Marxistes en particulier. Autres thèmes abordés : la défense de la condition féminine avec par exemple le merveilleux personnage féminin qu'est Clarisse, et la sanctification du mode de vie du gentleman cambrioleur Lupin III, épris de liberté et d’aventures.

 

Il vous faut aussi savoir que le script et suffisamment bien fait pour permettre de comprendre ce Cagliostro sans une vision préalable de la série de Lupin III, mais cela peut quand même aider à cerner les personnages et offrir une intégration plus rapide à l’intrigue. Les personnages principaux sont ainsi introduits dès la première partie, le scénario s’enchaîne bien et on sent une montée en puissance très importante lors de la seconde (après la première attaque du château), surtout au niveau de la profondeur de l’intrigue, jusqu’à la fin très aboutie, l’une des plus mélancoliques et des plus pures qu’ait crée Miyazaki.

 

En conclusion, ce film possède un scénario prévisible mais très dense et recelant d’une puissance symbolique stupéfiante pour un film d’aventure, qui plus est de commande, tout en proposant une richesse technique indéniable. On a droit, de plus, à un film très engagé, personnel, et qui renferme une bonne partie des idées et des convictions de jeunesse du maître. Miyazaki fait honneur à Monkey Punch et s’affirme avec ce film comme un acteur majeur de l’animation Japonaise un an après son premier succès personnel, « Conan : Le Fils Du Futur ». Cagliostro se révèle même supérieur à certains films de Ghibli, bien qu’étant somme toute assez expérimental et ayant un peu vieilli techniquement.

 

Dernière chose, évitez à tout prix les immondes versions française et américaine aux doublages catastrophiques et aux contresens pitoyables dans la traduction… Un scandale.

 

Notation : 9,5/10

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Jacut 23/08/2006 20:00

C'est bien aimable à toi ^^Point de vue doublage, j'ai les OAVs de Lodoss première version à proposer et les séries qui sortent sur la TNT en ce moment (Beck, Chobits etc...). Haut niveau de médiocrité aussi!

QCTX 23/08/2006 19:47

Tiens, je viens de voir que l'adresse mail n'apparaissait pas dans les commentaires, alors je la rajoute ici : qctx arobase voila point fr.Et au passage : Le scénario n’est pas le (???) puissant que le maître nous ait concocté,Miya-san --> sur le coup, j'ai lu "Maya-san" !jusqu’à la fin très aboutie, l’une des plus mélancoliques et des plus pures qu’ait crée Miyazaki. --> Une des fins les plus sanglante aussi, il me semble.son premier succès personnel, « Conan : Le Fils Du Futur. ». --> Un point de trop.les immondes versions Française et Américaine --> Majuscules en trop, selon l'académie française. Et question doublage, rien ne vaut le massacre d'Evangelion.