Jeudi 10 juillet 2008


 

School Days est une série romance/harem/drame sortie il y a un an quasiment jour pour jour durant l’été 2007, dotée de 12 épisodes et produite par le studio TNK (Kannazuki no Miko, Strawberry Eggs…). La série est réalisée par Keitaro Motonaga, qui, s’il n’est pas très connu, est un vétéran de l’animation qui a déjà œuvré sur Getbackers ou encore To Heart - Remember My Memories en tant que directeur, et en tant que storyboarder/episode director sur l’un des meilleurs animes de tous les temps, Legend Of The Galactic Heroes. Le scénariste Makoto Uezu a entre autre travaillé sur des séries dirigées par Motonoga (Amaenaideyo !, Yumeria…) mais aussi sur sola et Utawarerumono, ce qui n’est pas anodin.

 

Tiré d’un dating sim d’0verflow entièrement composé de scènes animées (de très bonne qualité d’ailleurs, certains passages de l’anime sont quasiment tirés de l’eroge) ce titre est principalement connu pour son côté psychologique et déroutant et ses quelques fins atroces. School Days a défrayé la chronique l’année dernière après la non-diffusion du dernier épisode de l’anime à cause d’un fait divers sordide (une jeune japonaise a assassiné son père à la hache quelques jours avant la diffusion de cet épisode à la télévision japonaise…), puis la semaine suivante après la diffusion de l’épisode en question, tragique et violent à souhait où des faits presque similaires sont relatés de façon très crue.

 

L’histoire de cet anime est pourtant relativement simple et part comme n’importe quel anime de romance/harem, avec un personnage principal masculin, Makoto, qui tombe amoureux d’une jeune fille aux formes avantageuses qu’il rencontre chaque jour dans le train nommée Kotonoha. Il finit par la prendre secrètement en photo sur son téléphone portable car la croyance populaire veut que tout étudiant de ce lycée capturant l’image de la personne qu’il aime et la gardant sur son portable une semaine finisse par sortir avec lui. Intervient alors l’énergique Sekai, une camarade de classe de Makoto, qui va arranger leur rencontre et les aider dans leur relation naissante. Kotonoha et Makoto commencent alors une relation amoureuse avec l’entremise de l’étrange Sekai. Mais le soir du premier rendez-vous entre les deux tourtereaux, après le départ de première, et alors que Makoto lui propose de la remercier pour avoir arrangé leur rencontre, Sekai choisit de l’embrasser langoureusement, ce qui ne manquera pas de mettre le doute dans l’esprit du pauvre garçon, et de l’attirer dans un engrenage infernal.

 

Les bases de la tragédie sont posées, et l’anime commence alors à sortir de l’ordinaire en se transformant en gigantesque foutoir émotionnel (tout comme les sentiments du héros principal, qui sombre peu à peu dans les méandres du plaisir charnel alors qu’il n’est absolument pas préparé à ça) et d’histoires qui s’entrechoquent. Sur ce point, le scénario peut paraître un poil anarchique, mais comme on le verra plus tard, il est en réalité parfaitement soupesé et surtout fantastiquement bien mis en scène, avec son lot de zones d’ombres et de mystères, tout comme de rebondissements, souvent sans concession pour ses personnages.

 


 

Venons-en donc aux personnages qui forment, comme dans tout bon harem qui se respecte, la pierre angulaire de la série. Le héros, Makoto n’évoluera pas d’un poil tout au long de la série et n’aura de cesse de faire des choix désastreux pour lui et pour toutes les filles qui l’entourent comme si il était complètement incapable de gérer sa vie de tous les jours à mesure que son égocentrisme, sa lâcheté et ses passions se déchaînent. Les filles qui l’entourent se retrouveront elles aussi toutes à un moment attirées par lui et auront leur rôle à jouer dans l’évolution de l’histoire (comme dans tous les autres animes du style finalement, sauf qu’ici l’évolution du scénario est logique et prend vraiment en compte les émotions des personnages féminins, contrairement à Makoto…). J’avoue que j’ai toujours eu du mal à comprendre les animes où, comme dans Kanon (qui me semble être l’un des exemples les plus frappants dans ce cas précis), le héros sort avec toutes des filles de la série et arrive encore à trouver le courage de dire à l’héroïne principale qu’il est amoureux d’elle à la fin, et celle-ci, qui a tout vu depuis le début, ne semble absolument pas choquée le moins du monde et accepte ses avances avec plaisir… Et bien ici, c’est la même chose qui se passe, sauf que les filles n’oublient rien du comportement abominable de Makoto et lui font payer d’une manière ou d’une autre. C’est le premier point qui rend School Days si attrayant et différent de l’anime de harem classique.

 

Comme vous l’avez peut-être déjà compris, School Days est avant tout un anime doté d’un réalisme assez incroyable et de personnages tout ce qu’il y a de plus basiques (presque trop par moments, on croirait retrouver chez Makoto et ses copines des adolescents français lambda), mais qui s’épaississent au fur et à mesure de l’intrigue et surtout lorsque le scénario devient de plus en plus anarchique (ou du moins c’est ce que l’on peut penser) et les relations entre les personnages sombrent lentement dans le cauchemar absolu à partir de l’épisode 6.

 

School Days peut donc être pris au premier degré, il doit même être pris au premier degré dans un premier temps. Dans cette phase, on peut donc ressentir pleinement les relations entre les personnages et leur développement, tout en souhaitant la fin de l’immonde (anti-) héros Makoto, qui paraît inéluctable et salvatrice. Si l’on se base uniquement sur cette vision, l’anime devient un très bonne série de romance classique (épisode 1 à 5) tournant rapidement en harem des plus réalistes (épisode 6 à 9), puis au drame psychologique (épisodes 10 et 11) avant de finir en thriller horrifique dans le dernier épisode avec sa fin sulfureuse si décriée.

 

Pourtant, pour apprécier toute la portée du titre, on ne devrait pas se baser sur cette vision primaire et finalement assez limitée et bien voir les messages que les auteurs essaient de nous faire passer. Outre la réflexion assez basique sur l’amour et le sexe, l’amitié et la trahison, School Days est bien une grande tragédie Shakespearienne (je parle ici des Othello/Macbeth/Hamlet) qui se fait le reflet de la société japonaise contemporaine et de l’industrie de l’entertainment de ce pays (jeux vidéos, animes, mangas etc…) et la critique durement, en particulier ses clichés, son fonctionnement (marketing, distribution etc…) impitoyable, ses fans toujours plus exigeants et intransigeants… Les auteurs de l'anime offrent finalement à leurs spectateur un aperçu de ce que leur petit monde serait si ils pouvaient assouvir tous leurs fantasmes... Ca laisse à réflechir.

 

Le cast est très réduit pour un anime de ce type avec seulement deux personnages masculins et tout au plus huit filles apparaissent dans l’anime et quasiment aucun figurant ne vient perturber ce petit groupe ni égayer l’atmosphère monstrueusement pesante instaurée par l’anime (qui ressemble presque à du Kiyoshi Kurosawa par moments) et renforce l’impression que les personnages n’ont aucune solution et aucune alternative à ce qui leur arrive. Et c’est finalement une des grandes limitations du genre même de l’eroge qui est ici mis en cause par Overflow, sorte d’autocritique pointue et bien sentie dans un secteur vide de tout renouvellement où les clichés sont légions (la vie lycéenne et les différents background : cafétéria, classe et toit de l’école sont là pour en témoigner !) et les innovations, rares.

 


 

Ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut pas regarder la culture visuelle japonaise de la même façon après avoir vu ce bijou qu’est School Days, avec son incroyable intensité psychologique et sa justesse infinie dans le traitement de l’intrigue et des personnages, ainsi que des thèmes qu’il aborde. Ainsi, la fin de l’anime n’est plus simplement un retournement de situation ahurissant mais juste un enchaînement logique et somme toute parfait compte tenu de ma mise en place de l’histoire.

 

School Days, c’est aussi des thèmes magistralement bien traités comme celui de l’éloignement inhérent à l’utilisation du téléphone portable - thème cher à deux génies de l’animation japonaise d’ailleurs : Satoshi Kon et Makoto Shinkai… - et son impersonnalité qui entraîne la couardise et l’abandon de toute forme de responsabilité (pas étonnant que j’ai toujours eu une sainte horreur du téléphone !). Les faits importants sont souvent vécus par texto interposé alors que les relations en face à face paraissent vides de sens dans cet anime, et le blocage du répertoire signifie l’oubli progressif et la mort des personnages.

 

Dans ce cadre, l’assassinat de Makoto est particulièrement frappant puisque bien qu’étant dans la même pièce, Sekai choisit de faire ses adieux à celui qu’elle aime par téléphone interposé plutôt que de lui dire à haute voix, avant de le poignarder sauvagement… Elle ne lui parle d’ailleurs qu'une seule fois durant cette scène, et ne lui révèle ses sentiments que lorsque qu’elle l’a déjà transpercé de toutes parts, comme si l’acte de vengeance passait avant la réconciliation orale.

 


 

Un autre thème abordé par School Days est l’incompréhension entre les personnages, qui semble pour les auteurs de l’anime totalement inné chez l’être humain (thème très Shakespearien s’il en est). Makoto ne comprend aucun autre personnage que lui-même, et ça ne lui pose pas plus de problème que ça d’ailleurs. Tout ce qui est dans son intérêt lui profite et toute petite contrariété l’irrite. Il préfère donc éviter d’avoir à prendre ses responsabilités et de faire face aux problèmes en cherchant toujours la solution de facilité, ce qui, couplé au plaisir charnel et à ses envies grandissantes et irrépressibles, le conduira à son destin funeste. Et les filles de l’anime (sans parler de Taisuke avec Kotonoha…) sont tout aussi désespérées et adulent une image de l’homme parfait représenté par Makoto, qu’il ne sera bien entendu jamais (loin de là), puisqu’il ne leur accordera jamais une autre importance que sexuelle.

 

Les méfaits de l’assouvissement de la passion sont d’ailleurs traités comme dans une grande tragédie antique grecque (d’où le parallèle évident avec les dernières tragédies Shakespeariennes), synonymes d’achèvement dans tous les sens du terme… Lorsque l’homme a trouvé sa passion, il ne reste plus dans la tragédie qu’à la purger pour dépasser sa simple condition primaire et devenir un homme véritable. Makoto est l’incarnation du héros tragique qui n’arrivera jamais à dépasser ses passions et sera rattrapé par elles au point de mourir d’abord socialement dans l’épisode 11 puis physiquement un épisode plus tard (à la façon d’un Macbeth même si on ne parle pas ici de la passion du pouvoir mais du sexe).

 

Ce parallèle avec les tragédies théâtrales est repris vers la fin de l’anime avec l’apparition des personnages masqués, sortes de chœur grec symbolisant la conscience des personnages dans lequel les camps antagonistes s’affrontent, et au moment du choix, le personnage de School Days choisira systématiquement le mauvais, comme si la fatalité était inéluctable et logique chez l’être humain (voir les cours que suivent Sekai et Makoto en background d’ailleurs, dans lesquels on aborde la nature maléfique de l’homme etc…), tout comme dans une tragédie. C’est une force pesante que celle du Destin qui va écraser tous les protagonistes avant de les détruire en même temps que les styles du harem et de la comédie romantique par la même occasion.

 

Mais School Days n’est aussi peut-être simplement qu’une belle réflexion sur la jeunesse japonaise actuelle (occidentalisée, adepte de nouvelles technologies, emprunte de culture manga, superficielle, moutonnière…) et les changements fondamentaux qu’elle a subie par rapport aux générations précédentes encore très traditionnelles et quasiment… pures (et oui on retrouve le thème du sexe ici qui est vu comme un vecteur de démystification et de souillage). Et dans cette interprétation du titre, School Days est rigoureusement parfait dans la violence de ses sentiments, la complexité des relations entre ses jeunes personnages et la dépiction (hum c’est de l’anglais ça non ?) crue et directe de la vie lycéenne de tous les jours.

 

D’ailleurs le parti-pris des auteurs de l’anime de ne faire apparaître dans leur série que les mauvaises fins de l’eroge est très bien vu puisque le titre n’en devient que plus complexe et plus puissant. Les personnages ne méritent d’ailleurs pas un meilleur traitement ni une conclusion heureuse, et cela permet au studio TNK d’introduire des thématiques fortes qui ne seraient probablement pas bien passées dans un anime de harem classique avec happy end.

 

On a souvent comparé School Days à Higurashi pour leur grande violence psychologique, leurs retournements de situation inattendus et la similarité de leurs styles. Pourtant, si les deux titres se ressemblent énormément en surface, dans le fond, le message délivré et la façon d’y arriver sont diamétralement opposés. Et finalement, les deux œuvres les plus choquantes en matière d’anime de ces deux dernières années (et deux des meilleures qui plus est) sont bien différentes au point de n’avoir finalement rien en commun pour le spectateur averti.

 

Autant Higurashi possède un scénario millimétré où rien n’est laissé au hasard et des thématiques qui le font transcender les styles qu’il utilise (brillamment d’ailleurs), School Days détruit les barrières du harem et de l’anime de romance en les rendant superflus et vulgaires, il casse littéralement ces style de l’intérieur en les empruntant et en les ridiculisant. Mais là où la série fait très fort, c’est qu’elle parodie le plus sérieusement du monde le fan service, le harem et la comédie romantique sans excès de facilité, et prend les problèmes de manière frontale et en cherchant à tout prix des issues de secours qui n’arriveront finalement jamais. A tel point que l’on a du mal à trouver une quelconque crédibilité à ces différents styles abordés dans ce chef d’œuvre (je sais, il y en avait déjà assez peu à la base).

 

Il y a déjà de très bons articles traitant de ce titre (en tête l’article de Sonocle Ujedex sur l’editotaku : http://ratonlaveur.free.fr/editotaku/index.php?itemid=1408) mais si j’ai ajouté une pierre à l’édifice, c’est simplement pour attirer votre attention sur le fait que cet anime est largement incompris et sous-estimé et derrière des abords d’anime « facile », peut procurer de grandes réflexions si l’on fait abstraction du premier degré de lecture (qui plus est excellent), et ne laisse absolument rien au hasard tout en étant une véritable bombe à retardement pour le spectateur. C’est bien simple, si vous ne vous remettez pas un tant soit peu en question et si l’anime ne vous fait pas réfléchir sur la véritable nature des relations humaines, vous pouvez vous dire que vous avez raté la majorité de l’intrigue et du message des auteurs. Et puis rien que pour comprendre le sens de la réplique « Nice boat », si connue sur le net, vous vous devez de suivre cette série jusqu’au bout !

 


 

En bref, School Days est un anime incroyablement riche et profond qu’il ne faut rater sous aucun prétexte et qui ne peut de toutes façons pas laisser insensible (à part si vous passez à côté des vrais tenants et aboutissants de l’histoire). Entre haine et amour pour le titre, faites votre choix, le mien est fait depuis longtemps.

 

Notation : 9,5/10

 

Mercredi 16 août 2006

Série de science-fiction du deuxième semestre 2005 – 24 Episodes



C’est en fin d’année dernière que je découvrais pour la première fois un animé étrange au terme d’un morne après-midi d’automne (hiver ?). En ayant entendu parler sur un forum anglophone, et ayant été prévenu de l’étrangeté –mais de la qualité- de l’œuvre, je me suis dit : « Pourquoi pas ? ». N’ayant pas beaucoup eu d’échos après quatre ou cinq épisodes sortis, je me précipite sur ANN pour voir quelques noms sur la fiche de la série Noein, et la, stupeur : Takahiro Kishida (Arjuna, Lain avec Yoshitoshi Abe) au character design, Hikaru Nanase (Chrno Crusade, Scrapped Princess, Nishi No Yoki Majo) aux musiques, Kazuki Akane (Escaflowne) à la réalisation, au concept et au scénario, aidé d’Hiroshi Oonogi (Eureka seveN, Arjuna, Aquarion, Macross Zero…), et production par le Studio Satelight (Arjuna). Ouf. C’est tout ? Je me dis alors que Noein va peut-être m’intéresser finalement, avant de rester en extase devant la scène d’introduction du premier épisode. Pas de doute, cet animé sera grand.

 

Dans le futur, le monde de La’cryma est menacé par l’invasion de son pire ennemi, venu de la dimension de Shangri-La. D’étranges guerriers aux pouvoirs surnaturels luttent pour sauver La’cryma et parmi eux, Karasu (corbeau en Japonais) semble se détacher du groupe par son charisme et sa puissance. Lorsque le conseil de La’cryma annonce que la clef du sauvetage de toutes les dimensions existantes (la « queue du dragon » en référence au serpent Ouroboros qui se mange la queue, symbole de l’éternité dans le folklore Germanique) et de la destruction de Shangri-La repose dans une jeune fille nommée Haruka, et vivant dans une dimension parallèle, Karasu reconnaît son amour perdu et se porte immédiatement volontaire pour faire partie des « chevaliers dragons ». Dans un monde ressemblant au nôtre, Yuu, jeune garçon de 12 ans, décide de s’enfuir de chez lui pour échapper à l’attitude tyrannique de sa mère, en compagnie de son amie d’enfance, la fameuse Haruka, 12 ans elle aussi. C’est alors que celle-ci voit Karasu apparaître sur un clocher d’église, précédé par une neige bleutée…

 

On note d’entrée que le design des personnages est excessivement simple, quasi-caricatural, ce qui le rend étrangement facile à animer mais peut choquer de prime abord. Il ressemble évidemment à celui d’Arjuna, mais en plus « carré », si bien que nos personnages semblent tout droit sortis d’un dessin animé Américain. L’animation est donc particulière, tout comme les personnages, mais très efficace et bel et bien fluide lors des scènes de combats, en rendant même certaines d’entre elles éblouissantes de dynamisme et de rapidité. Les « mechas » issus de Shangri-la sont, par contre, assez moyennement introduits car en 3D, mais on leur pardonnera vue la beauté organique de leur design, qui ressemble presque à du Cronenberg.

 

Les musiques orchestrales de miss Nanase sont simplement extraordinaires, comme toujours, et elle se permet même quelques morceaux proches de l’opéra de la plus grande classe. C’est maintenant sûr, Hikaru Nanase n’a plus rien à envier à Yoko Kanno (on reparlera d’Escaflowne ne vous inquiétez pas). On se délectera donc avec les deux bandes originales sorties il y a peu, où les agréables génériques figurent en bonne place.

 

Les héros sont très attachants et très humains, s’intègrent et définissent même le scénario (au début on peut croire que Yuu et Haruka ne sont que les esclaves de quelque chose qui les dépasse, mais c’est exactement le contraire), tout en gardant des relations entre eux complexes et crédibles. Yuu -et ses autres personnalités- est fragile et extrême dans sa façon de concevoir la vie, tandis que son amie d’enfance Haruka est très ouverte et permet de développer le thème de l’acceptation des différences dans l’animé. Les autres enfants, tout comme les parents de Yuu et Haruka, l’homme masqué de Shangri-La ou les chevaliers dragons ont été soignés, si bien que l’on rentre facilement dans cet univers tant l’on trouve de beaux personnages bien développés et accessibles pour le spectateur (ce qui n’est pas toujours le cas du scénario).

 

La mise en scène est digne d’Escaflowne, mais sans paraître incroyablement originale. On va dire qu’elle est dans la veine ce qu’a fait Kazuki Akane jusqu’à maintenant, tout en se rappelant que son domaine de prédilection est la création d’univers et la coordination globale des série, et qu’il n’est pas un directeur hors du commun. En effet, Noein est somme toute classique d’un point de vue réalisation, et se démarque essentiellement par sa technique, la gestion de ses personnages et son idée de départ. Il est d’ailleurs à noter que scénaristiquement, Noein est très similaire à Escaflowne et même si il semble beaucoup plus complexe au départ, cette situation se décantera vers la moitié de la série et on verra le script se rapprocher de celui de son glorieux aîné, surtout sur la forme, jusqu’à avoir une conclusion très proche dans le sens aussi bien que dans le déroulement (je la trouve moins poignante néanmoins).

 

Enfin, le principe de base est tout sauf original, il repose sur des mondes parallèles, et malgré la difficulté de rendre cohérent un sujet pareil, je dois dire que Kazuki Akane s’en est sorti à merveille, en créant une des histoires les plus puissantes et variées jamais pensées dans ce domaine. Le scénario se révèle touchant et très philosophique, grâce aux très beaux héros et à la maîtrise parfaite de l’univers et de la trame. De plus, la gestion narrative entre les différents temps et différentes dimensions est très aboutie et apporte une complexité et une profondeur supplémentaires à l’animé. Un très beau travail, très immersif pour le spectateur.

 

Au final, on obtient un grand animé, très original sur le fond et surprenant sur de nombreux points, et qui a eu la chance d’être sorti quasiment sans concurrence à la fin de l’année 2005, où il était de loin le meilleur animé de la saison. Mais ce n’était pas entièrement dû au niveau assez moyen des animés sortis à cette période, car Noein est véritablement une excellente série, qui mérite d’être vue par tous les amateurs de science-fiction, de romance, ou d’aventure. Une excellente série qui rappelle les grandes séries des années 90, et ce qu’elles avaient de meilleur  !

 

Notation : 9/10

Samedi 5 août 2006

Série d’heroic-fantasy du premier semestre 2006 – 13 Episodes

 

Créée par Hal Film Maker et adapté d’un roman (merci Mariemeia !) adapté lui-même en manga assez méconnu, Nishi No Yoki Majo : Astrea Testament avait attiré mon attention avant la sortie de son premier épisode lorsque j’avais remarqué sa fiche sur Anime News Network il y a quelques mois. Seul le scénariste Atsuhiro Tomioka, sort vraiment du lot dans l'équipe technique, ayant précédemment scénarisé Berserk, Chrno Crusade ou les nettement moins réussis Trinity Blood et Disgaea. Que pouvait bien nous réserver cette série sans trop de publicité ni de prétention a priori ? Je n’en savais absolument rien. Et puis j’ai vu le premier épisode. Et là j’ai pris une grande claque… En voici le résumé.

 

Firiel Dee est la fille d’un astronome et scientifique Païen, qui se trouve dans l’illégalité en vue de la religion d’Etat dominante qui vénère la Déesse Astrea. Le jour de son quinzième anniversaire, alors que son père est parti pour un long voyage d’observation des étoiles (qui ressemble plus à un exil), elle reçoit de lui un cadeau bien mystérieux : le collier de la princesse Edylin. Elle ne tarde pas à découvrir que ce collier appartenait en réalité à sa mère, et qu’elle est donc la prétendante légitime au trône, étant la fille qu’Edylin a eu avec le célèbre Docteur Païen. Et tandis que sa vie se transforme à jamais et qu’elle entre de plain pied dans les intrigues de la cour, son grand ami d’enfance et principal disciple de son père : Roux, est capturé par des hommes mystérieux qui le torturent et gravent sur lui la marque des hérétiques…

 

Nishi No Yoki Majo est en fait une sorte de pot pourri de plusieurs styles : aventure, romance, action (pour les phases de combats, ainsi que les phases stratégiques et militaires), sans jamais tomber dans le piège de sous-exploiter un des genres. Ici, tout est bien géré, et ressemble furieusement à un beau conte de fée romancé et littérairement bien conçu…

 

La réalisation est très shojo (avec les grands yeux plein d’étoiles et les joues roses, les grands et beaux chevaliers mis en valeur, la princesse charmante qui scintille etc...), mais surtout très classieuse, avec quelques plans assez agréables et osés de temps en temps, des effets de lumière absolument merveilleux et des angles de vue pas mal du tout dans l’ensemble. Le monde est très beau et on sent une cohérence et une maîtrise certaines de la part des créateurs, surtout grâce aux décors très fouillés et à la belle conception esthétique globale – un character design magnifique je trouve par exemple, et assez original-. Cette série est de l’art avant d’être un produit commercial et cela se voit d’entrée. Elle est même tellement belle parfois que l’animation montre quelques carences par moments, surtout lors des combats.

 

Niveau musical, Hikaru Nanase (Chrno Crusade, Noein, Scrapped Princess, rien que çà !) nous gratifie de son travail le plus exceptionnel jusqu’à aujourd’hui. La bande originale est tout simplement sublime, variée, et superbement orchestrée. Du génie à l’état pur. Et puis le premier générique, de nature assez grandiose, est bien mis en scène avec des paroles parfaitement représentées à l’écran, tandis que le second est, comme souvent, intimiste et plus doux, ils forment donc tous deux un atout indéniable pour la série.

 

Ensuite, les rebondissements sont nombreux et bien amenés, au menu : trahisons, sauvetages, faux-semblants et sombres secrets… Jusqu’aux dernières surprenantes révélations, le scénario est rondement mené et suffisamment mystérieux pour nous accrocher. Les créateurs savent exactement où ils veulent nous emmener, il n’y a donc pas d’approximations scénaristiques. Tout est bien développé pour une fois, et le scénario et les personnages sont bien imbriqués sans que l’un ne tire la couverture à lui comme on pourrait le croire au début.

 

Les relations ambiguës et subtiles entre les personnages sont une part importante de la qualité de la série, avec une très belle histoire d’amour pour couronner le tout. Firiel est un exemple de personnage féminin réussi, avec du caractère et aussi une nécessité scénaristique, tandis que Roux est très intéressant de par sa différence avec les autres personnages, il est une sorte d’antithèse à tout ce sur quoi l’univers de la série se base, et on pourrait détailler ici tous les héros tant leur personnalité a été méticuleusement développée.

 

Pour conclure, la thématique est bien traitée globalement, et repose sur un ensemble de contradictions : la science et la religion, l’homme et la femme, la noblesse et la roturerie, le trône des ténèbres et celui de la lumière, l’artificiel et le naturel, la tradition et la modernité, l’unité et le chaos. C’est donc toute la dualité et la complexité de l’être humain qui est abordée dans cet animé.

 

Finalement il y a à peu près tout ce que j’aime dans Nishi No Yoki Majo : Astrea Testament. Et même si la durée peut paraître courte, je pense que les auteurs nous ont montré tout ce qu’ils voulaient et ont bien pensé leur oeuvre, malgré une fin un peu abrupte et laissant des questions en suspens. Alors certes la série n’est pas vraiment clôturée et elle aurait pu aller plus loin vu son potentiel énorme, mais la probabilité d’une suite est proche du néant et puis on a l’impression d’avoir appris des choses après avoir suivi cette magnifique histoire. Enfin personnellement, je ne regrette pas de m’être investi dedans en tous cas.

 

Notation : 9/10

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